La Folle du Sultan 2
Elle se sentit brusquement mal à l’aise face à ce type qui ne lui avait jusque là manifesté aucun intérêt particulier. Elle marmonna un " Ah non ! " le plus détaché possible. " Vous devriez apprendre ! " répondit-il, sûr de lui. Surprise, elle bredouilla un " bof " pas du tout convainquant, se rendant compte que son trouble devait être visible. Il fallait qu’elle trouve quelque chose, vite, un autre sujet de conversation. Le bonhomme n’avait visiblement plus envie de partir : " vous savez, c’est une danse pour les femmes, c’est bon pour leur santé et ça les rend toutes belles ". Elle éclata de rire : l’idée de rapprocher la beauté à sa propre personne lui semblait vraiment insolite … " Ben si : vous ne me croyez pas ? " Il semblait un peu froissé. " Ce n’est pas ça, j’étais en train de penser que j’ai dansé quand j’étais étudiante le zouk et que certains mouvements sont identiques.
- C’est vrai, dit-il, on doit aussi isoler dans le Zouk les mouvements des hanches de ceux du buste. Vous avez étudié où ? (Ouf, elle avait enfin trouvé de quoi faire diversion).
- A Bordeaux, Fac d’Histoire …
- Bordeaux III ? C’est drôle, moi aussi ! " Il lui demanda si elle avait eu Untel en Histoire Contemporaine, et Unetelle en Initiation en Histoire de L’Art. Il ne pouvait rien inventer, ils avaient fait le même cursus à quelques années près ! " Mais alors, repris-t-elle, comment vous êtes-vous retrouvé dans le transport ?
- Et vous, dans le secrétariat ? " Elle lui raconta avec encore une pointe de regrets qu’elle avait été jusqu’à la licence et qu’à ce moment-là, elle avait dû travailler, lorsque sa mère était tombé malade. L’entreprise dans laquelle ils se trouvaient l’avait embauchée comme secrétaire au début, puis l’avait formée comme comptable : elle n’avait plus bougé depuis. Il lui raconta que dès le Deug il avait dû travailler, et n’avait pu cumuler études et travail. Il s’était fait une raison, avait abandonné ses rêves d’Historien et avait appris à apprécier ce métier. " Comment vous appelez-vous ?
- Ben vous le savez bien, je signe toutes les semaines : Melle Martin !
- Allons … (Elle sentait l’émotion lui chauffer le visage)
- Bon, bon : Céline !
- Moi, c’est Samir ! " (à suivre)

(illustration d'Alex)